Abeilles monolectiques

Certaines abeilles sauvages sont dites monolectiques, c’est-à-dire qu'elles sont fidèles exclusivement à une seule plante pour récolter le pollen nécessaire à leur survie. Ce choix, fruit d’une longue coévolution, assure à la plante une pollinisation optimale et à l’abeille une ressource stable, mais rend les deux partenaires très vulnérables aux bouleversements de leur environnement.
En France, on compte un peu moins de 1 000 espèces d’abeilles sauvages aux écologies diverses, dont certaines sont monolectiques.
Nous proposons une enquête annuelle sur trois d'entre-elles : Andrena florea sur Bryonia dïoca, Melitta nigricans sur Lythrum salicaria et Colletes hederae sur Hedera helix. 

Andrena florea
Andrena florea © Benoît Martha

Andrena florea sur Bryonia dïoca

L’Andrène de la bryone (Andrena florea) est une abeille solitaire et monolectique : elle récolte exclusivement le pollen de la bryone dioïque (Bryonia dioica), une plante dont les fleurs mâles et femelles poussent sur des pieds distincts. Grâce à sa langue courte et à sa scopa (pattes postérieures adaptées à la collecte), elle assure une pollinisation très efficace, indispensable à la fructification de la plante.

Son activité s’étend de mai à août, au rythme de la floraison de la bryone. Elle récolte le pollen tôt le matin, limitant ainsi la compétition avec d’autres pollinisateurs. Cette relation exclusive profite aux deux espèces en renforçant leur reproduction.

Répartie dans toute l’Europe mais à faible densité, l’andrène creuse ses nids dans le sol (lisières, pelouses sèches, parcs, jardins…), souvent regroupés en petites bourgades. Ceux-ci peuvent se situer jusqu’à plus d’un kilomètre de la bryone la plus proche, ce qui témoigne de sa capacité d’adaptation.

 

L’identification à partir de photos se fait le plus souvent sur les femelles, observées en train de butiner la plante-hôte. Celle des mâles reste plus délicate. Les femelles sont néanmoins assez faciles à reconnaître grâce aux critères suivants :

  • Taille : 11 à 14,5 mm

  • Coloration : corps sombre, avec une bande rougeâtre caractéristique sur les tergites 1 et

  • Morphologie : présence d’un floculus (brosse de poils longs et denses à la base des pattes postérieures) et d’une brosse tibiale

  • Espèce similaire : risque de confusion avec Andrena rosae, absente de la région et dont la période de vol est plus tardive (juillet à début septembre). De plus, cette espèce ne récolte pas le pollen de la bryone.

Melitta nigricans
Melitta nigricans © Daniele Tixier-Inrep

Melitta nigricans sur Lythrum salicaria

La Mélitte de la salicaire (Melitta nigricans), abeille solitaire de la famille des Melittidae, est étroitement liée à la Salicaire officinale (Lythrum salicaria). Comme la plupart des espèces de cette famille, elle est oligolectique : les femelles récoltent exclusivement le pollen de cette plante, tandis que les mâles patrouillent activement autour des fleurs à la recherche de partenaires.

Elle niche dans des sols sablonneux de prairies et friches humides, creusant un terrier dont l’entrée est marquée par un petit tumulus. Sa phénologie est parfaitement synchronisée avec la floraison de la salicaire : les adultes sont actifs de juillet à septembre, avec un pic en juillet lors de l’abondance des fleurs.

Bien que l’espèce ne soit pas menacée, elle reste vulnérable aux fauchages répétés des salicaires, encore souvent perçues comme de simples mauvaises herbes. Ces pratiques réduisent localement les ressources et fragilisent les populations de Mélittes.

Cette abeille est délicate à identifier sur photo et de nombreux critères parfois difficilement visibles doivent être relevés:

  • Taille : 9-12mm
  • Dernier article du tarse en forme de poire MAIS assez souvent masqué sur les photos, car replié en crochet sur le support pour se cramponner.
  • Basitarse dilaté (délicat à vérifier sans élément de comparaison)
  • Les bandes apicales des tergites, qui se voient relativement bien
  • La mention "yeux noirs, mais pas bleus" pour écarter Tetraloniella salicariae (sa présence en Bourgogne n’est pas certaine, mais pourra se présenter un jour)
  • Pilosité thoracique rousse (sous réserve car certains individus ont une pilosité grise).
  • La pilosité du dernier tergite n'est pas forcément facile à voir sur photo, en fonction de la position des abeilles, mais la brosse anale (pilosité de l’arrière de l’abdomen) permet de confirmer Melitta nigricans : elle est sombre et courte au milieu, bordée sur les côtés de longs poils blancs.

Attention donc aux forts risques de confusion avec d’autres abeilles, notamment avec les Andrènes qui sont morphologiquement proches.

Colletes hederae
Colletes hederae © Benoît Martha

Colletes hederae sur Hedera helix

La Collète du lierre (Colletes hederae), abeille de la famille des Collétidés, est étroitement liée au lierre grimpant (Hedera helix) dont elle récolte exclusivement le pollen pour nourrir ses larves. Son émergence tardive, de fin août à octobre, coïncide avec la floraison du lierre et lui permet d’éviter la concurrence avec la plupart des autres pollinisateurs. Le lierre bénéficie en retour de cette relation, la collète étant son principal pollinisateur.

Bien que fidèle au pollen du lierre, mâles et femelles peuvent butiner le nectar d’autres plantes en cas de manque. Espèce solitaire mais grégaire, elle niche souvent en bourgades, regroupant plusieurs dizaines à centaines de nids, généralement sur des sols argilo-sableux en pente et peu végétalisés.

Pour favoriser sa présence, il suffit de laisser croître le lierre et de maintenir des zones de sol nu à proximité.

Autrefois confondue avec des espèces similaires du genre Colletes, cette espèce n’a été décrite que récemment, en 1993 (Schmidt & Westrich). Elle fait partie des plus grandes abeilles du genre Colletes, et les femelles récoltant le pollen du lierre peuvent être identifiées sans trop de difficulté en observant les critères suivants:

  • Taille : 13 mm femelles (et 10 mm mâles)
  • La coloration « chamois » et nettes des bandes présentes sur les tergites, dont la largeur dépasse un tiers du tergite permet de la reconnaitre des autres espèces du genre Colletes(attention toutefois car ce critère est plus facile à observer sur photo).
  • La pilosité rousse du thorax
  • 2e nervure récurrente en « S »